Les vélos ne peuvent pas tourner à gauche

Si vous êtes un cycliste, vous le savez déjà probablement. Les vélos ne peuvent pas tourner à gauche. Ils ont le droit, bien sûr, mais de mon expérience, dès qu’on quitte le petit bout de rue qui nous est destiné « à droite de la chaussée à environ 20 c.m. de l’asphalte », les automobilistes nous engueulent. Alors on tourne à gauche façon vélo. On arrête au coin de rue où on aurait eu le droit de tourner, on traverse avec les piétons, et là on se fait engueuler par les piétons. Non, les vélos ne peuvent pas tourner à gauche.

Je ne peux pas me rappeler le nombre de fois que je me suis fait crier après en vélo. Sûrement beaucoup plus que les kilomètres de pistes cyclables de Montréal (350). À toutes les fois, complètement enragée de subir les insultes d’un polluard (pollueur et connard, c’est joli, non?), et à la fois trop satisfaite d’y répondre. Enfin, pour de vrai ! Avec la force de mes mots, de ma voix ! Et mon chum qui a peur, le pauvre, à chaque fois pour ma grand gueule, parce que les autos ça tue, il ne faut pas l’oublier. Les autos, ça tue beaucoup. Mais je l’ouvre, ma grand gueule quand même, parce que ça tape, à la longue, se faire engueuler de l’autre côté d’un écran quand on défend 4 millisecondes une ligne de peinture sur un boulevard. Lire des menaces de la part d’un profil de photo de chat, sans jamais voir le polluard derrière son volant beugler de jalousie pour nos petits culs tights parce que lui, il n’arrive plus à toucher ses pieds – le vélo, vous essayerez monsieur.

Depuis la pandémie et les mesures de distanciation, c’est pire. Valérie Plante a ajouté des pistes cyclables, c’est mieux sur la route – aucun décès de cycliste dans la métropole cette année, hourra – mais on dirait que c’est pire sur le moral. Les gens ne font pas que se plaindre, ils écrivent des menacent sur les pistes cyclables, ils installent des fils de fers, des clous, putain, ils sont fous ces polluards ! Et quelle connerie de leur avoir raconté qu’on mettait des pistes cyclables par « mesures de distanciation ». D’accord, les gens sont cons, mais il ne faut pas les prendre comme tels non plus. Franchement, les enfants – et ceux qui ont l’intelligence et la maturité de – sentent quand on leur mente. Il faut dire la vérité : « Fuck vos chars, c’est la crise climatique. On va tous crever si vous continuez avec vos vroums vroums. Compris ? »

Les sondages disent que la mairesse risque de perdre ses élections. Honnêtement, je comprends pas. Pour 2-3 sens uniques déjà annoncés ? Pour des pistes cyclables déjà promises ? Pour des rues piétonnes à taux de satisfaction élevée ? Des automobilistes accusent les cyclistes de causer le trafic, ont-ils remarqué plutôt que nous le libérons ? La population de voitures augmente plus vite que celle des humains, nos routes sont déjà à pleine capacité, où veulent-ils mettre les nouvelles, sur nos têtes ? Dans le sol ? Pourquoi pas un métro alors ? Ah, ça, non ! Le trafic que sa construction occasionnerait, franchement ! Environ la moitié des déplacements dans la ville sont effectués par des banlieusards en auto-solo. Elles sont où, dites moi, les vindicatives contre les banlieues ? Pouvez-vous m’ajouter dans le groupe où elles ont lieu, s’il vous please, j’aimerais ventiler un peu.

Qu’ont donc ces détracteurs de vélo, ces polluards à deux cennes, contre les cyclistes ? Chaque déplacement en voiture coûte 20 sous à société. Chaque déplacement en vélo rapporte 20 sous à la société. Pourquoi ne nous baisent-ils pas les pieds ?

« Sacrament madame, pour faire rouler l’économie ! »

Moi je dis, on devrait tous les obliger à faire du vélo pendant deux semaines. Peut-être qu’ils arrêteraient de nous crier de faire nos stops. Ils verraient bien, qu’en vélo, on voit plus loin et mieux, qu’il y a moins d’angle mort et que sans une grande cage de métal qui nous bloque la vue, on peut se permettre quelques mouvements audacieux. On peut parler aux piétons, aux vélos, avec des mots, pas trop forts, juste assez, « excusez moi, je dépasse ». Peut-être remarqueront-ils qu’en vélo, on va à peu près à la même vitesse qu’à un arrêt de voiture. Que ce n’est pas parce que nos roues ne sont pas bloquées, qu’on continue d’avancer. Peut-être remarqueront-ils que les lignes peintes par terre sur un boulevard achalandé ne sont pas un luxe pour assurer notre mini-minime sécurité. Peut-être lèveront-ils eux aussi leur chapeau à la vue d’un robuste cycliste d’hiver qui n’a peur d’aucun centimètre de neige.

Peut-être que si tous les automobilistes faisaient du vélo deux semaines. Juste deux semaines. J’aurais un petit break d’engueulades de je sais pas, deux mois.

Junk Téloche

Y’a de la tévé qui se mange comme des chips.

T’en manges une pis deux, pis tu passes à travers le sac.

Tu t’en veux après, parce que c’était pas si bon pour toi, c’était juste bon dans ta yeule.

Y’a de la tévé qui se mange comme des chips.

Trop de sel, on sent juste trop la recette.

Le personnage de la bitch a une courbe de personnage de bitch (vraiment méchante, mais au fond elle fait ça pour se protéger et finit par montrer de la vulnérabilité), le personnage du fendant a une courbe de personnage fendant (toute lui réussit mais un moment donné il est trop fendant et les gens plus vulnérables finissent par le dépasser parce que c’est dans nos erreurs qu’on évolue) pis le underdog devient le héros (la personne vulnérable gagne parce que la vulnérabilité gagne, parce que les séries téloches sont SO RELATABLE YOU KNOW.)

Gosh, j’adore la téloche.

ÇA SE MANGE COMME DES CHIPS.

C’est pas de la grande gastronomie, du grand art, non, non, mais ça se mange bien.

Faut pas trop en faire non plus de la junk-télé.

Faut en faire juste assez, une gâterie une fois de temps en temps, mais il faut aussi se sustanter.

Avec des documentaires, de l’art, des entrevues, des reportages, des vrais reportages, des séries chef d’oeuvre, parce que oui il y en a, et oui il faut les déguster avec un grand vin.

J’ai des fois l’impression qu’on aime trop les chips.

Nature en plus, plate plate plate, blanche, blanche, blanche.

Des chips américaines en plus, parce qu’on fait pas confiance en nos patates d’ici.

Sauf quand les patates sont sexy dans la « maison des filles » , dans « la maison des gars »

Qu’est-ce que je disais déjà, je suis dans les patates ?

Désolée mon cerveau en compote, j’ai trop mangé de chips.

Je ne suis pas en spectacle.

Ne me dîtes pas bravo.

Quand je fais de l’activisme, je ne suis pas en spectacle.

Je n’attends ni des fleurs ni des remerciements. J’attends la justice et la révolution.

Les mots c’est trop peu, tellement trop peu.

Ne me dîtes pas bravo.

Quand je fais de l’activisme, je ne suis pas en spectacle.

C’est peut-être à cause des réseaux sociaux, cette confusion.

On ne les utilise pas souvent pour informer, c’est vrai, plus souvent pour se montrer.

Les utiliser pour la diffusion mène à la confusion.

Mais moi je ne veux pas être vue.

Je veux être écoutée. Je veux être lue. Je veux être suivie, dans la vraie vie.

Quand vous me dîtes que vous lisez tout ce que j’écris, que vous regardez tout ce que je fais, je n’entends pas vos mots « d’encouragement », non, j’entends ma défaite. Ma défaite cuisante.

J’entends que peu importe ce que j’écris, peu importe ce que je fais, personne ne se sent interpellé.

J’échoue à chaque fois que vous me tapez dans le dos pour que je continue.

Mais, je ne fais pas de l’activisme pour vous.

Je le fais pour nous.

NOUS.

Mais vous, c’est vous !, vous vous séparez de moi.

Vous vous êtes ceuzes qui n’ont pas le temps, qui ont des enfants, qui ne « sont pas là dedans ».

Mais vous savez, vous savez ! qu’il faut se battre, qu’il faut résister.

Alors vous me dîtes « merci » et « continue ».

Et vous vous lavez les mains. Sans vraiment m’avoir accueillie dans vos bras.

« J’ai fait une bonne action aujourd’hui, j’ai dit à une activiste qu’elle faisait bien ça ! »

Merde mais sortez le cash, au moins.

Pitchez moi 100$. « MERCI ET CONTINUE ! »

Un petit virement Intérac.

Ah, là, ça ferait un petit peu plus de petit velours.

Que vous vous mettiez deux secondes dans mes bobettes :

« Si personne ne prend ma relève.

Et que je dois dédier à ma vie à sauver celle des autres.

Est-ce que je vais finir par manger mes bobettes ? »

Ne me dîtes pas bravo.

Venez vous battre.

Ou virez moi d’l’argent.

Chu sérieuse : coralielap@gmail.com

Vous applaudirez quand on aura gagné.

Amen

Paraît que ben du monde avait des problèmes digestifs pendant le confinement, le stress. Moi i tou. Le pire c’est que j’avais encore plus de temps pour penser sur la bol, à toutes les fois que j’ai entendu quelqu’un dire « ça nous prendrait une bonne peste ». Borborygmes. « Les humains c’est le virus », man le trois quart crève la dalle. « Les pauvres ont mis le feu à la forêt avec leur linge en feu » Euh, on peut tu viser les dudes avec les mf lances flammes svp. ?

Des fois les gens sont surpris que je sois encore positive face à notre capacité à renverser le cours des changements climatiques. (Bon les gens, ma mère, mon meilleur ami pis un dude sur les internets qui aime ça me demander ce que j’pense de des affaires, noble petit bélier.)

Peut-être parce que je suis indignée et que j’ai l’air fâchée. Et qu’être fâchée des fois c’est être cynique. Mais mon indignation à moi est passionnelle, personnelle. Je veux juste me reproduire avec mon chum dans un monde qui est pas en train de s’effondrer, j’peux tu oooouuuuu ?

Si on se rebelle, c’est parce qu’on veut être heureux, c’est de la recherche de bonheur en dessous des slogans. Si tu fais la grève, c’est parce que tu veux quelque chose de mieux. Personne ne résiste pour rester en colère. J’ai vraiment plus envie de bruncher avec mes chums que d’aller manifester. Ça me donne toujours mal aux pieds pis ça manque cruellement de refill de café illimité.

J’y crois. J’ai pas vraiment le choix d’y croire. C’est ça ou ruminer. C’est me mettre debout ou à genoux. Vous l’savez, j’ai mal aux genoux.

Oui je crois à un retournement complet de la société dans les temps pour éviter la catastrophe climatique. Licornes much peut-être. C’est pas plus niaiseux que de croire à un Dieu, au destin, au tarot, à l’astrologie, à rien.

Y paraît que c’est prouvé scientifiquement que nos pensées influencent la résultante. Ils ont donné des rats à des étudiants en leur disant que c’était les rats les plus intelligents du monde et qu’ils allaient bien réussir aux tests(..). Et, les rats ont effectivement bien performé. Ils ont ensuite remis les mêmes rats à un autre groupe d’étudiants en leur disant que ceux-ci étaient des idiots et ils ont moins bien performé. Cet effet là a un nom. Évidemment j’ai complètement oublié le nom de l’effet en question et quand je tape cette histoire de rats sur un moteur de recherche je ne trouve pas grand chose. Alors si jamais vous savez de quoi je parle, veuillez communiquer avec les plus hautes instances de moi même…..noble petit bélier.

Faque BEN OUI j’y crois qu’on est capable d’y arriver. Faut que tout le monde embarque là par exemple, soyons pas des spectateurs. Le 27 septembre dernier, 500 000 personnes dans les rues, les politicailleux commentaient la manifestation en nous trouvant donc cute. Ils ont analysouillé que la jeunesse allait sûrement changer les choses ! Mais on n’a pu le temps, la jeunesse qui est là aura pas de vieillesse. Si tu veux que la jeunesse accomplisse des grandes projets, faudrait que t’arrêtes de lui planter des couteaux dans le dos.

Je me demande si les gens qui disent que la covid  »c’est juste une petite grippe » vont amoindrir les désastres climatiques de la même façon. « C’est juste des petites inondations. » « C’est juste des petits feux de forêts. »

C’est le temps là là de résister. Remets pas à plus tard. Mes parents savaient qu’il fallait m’obliger à vider le lave vaisselle avant mon émission pour que ça soit fait. Relaxer, c’est une fois que la job est faite. Pensez-vous que Che Gueverra serait sur des t-shirts aujourd’hui s’il y avait eu Netflix a son époque ?

Fallait résister contre l’esclavage, il n’y en a jamais eu autant qu’aujourd’hui.

Fallait résister contre la monarchie, des tyrans qui possédaient toutes les richesses injustement pendant que le peuple crevait de faim, il n’y en jamais eu autant qu’aujourd’hui.

Fallait résister contre le colonialisme, (avez vous lu sur les mines canadiennes!?!), il n’y en a jamais eu autant qu’aujourd’hui.

C’est plus pressant de résister aujourd’hui que c’était de mettre la monarchie à Terre en France, le thé par dessus bord à Boston.

Fait que, attelez vous moussaillons.

St-Hean

À chaque année à la Saint-Jean, je me sens un peu tout croche.

J’essaye d’être fière de mon pays-pas-pays rempli de connards, j’essaie de pas rouler des yeux quand le monde woke chie sur mon Québec. J’essaye de pas pleurer quand on parle de liberté (manquée). J’essaie de pas rire quand on me ressasse la même sacrament de chanson de Jean-Pierre Ferland au medley de chansons habituelles de la St-Jean.

Je me sens tout croche parce que la Saint-Jean-Baptiste, que je trouve profondément politique devient un peu plus folklorique à chaque année.

C’est pu la Saint-Jean-Baptiste, s’cusez, la Fête Nationale. Mon cul.

Une autre façon de dépolitiser la fête. Lui retirer son histoire. Les canadiens-français fêtaient la Saint-Jean-Baptiste, une fête catholique, à travers le Canada pour fêter eux-autres, du monde qui résistait à travers un océan anglophone protestant. Ça devient pas mal officiel-officieux-encore-parce-que-eh-colonisation avec la création de la Société Saint-Jean-Baptiste en 1834. En 1839, les Anglais tuent 5 patriotes. En 1885, le (nouveau) gouvernement Canadien tue Louis Riel de la nation métis du Manitoba. John A Macdonald dit : « Qu’il doit mourir, même si tous les chiens du Québec jappent en sa faveur. » En 1912, le règlement 17 en Ontario interdit le français dans les écoles. Ce n’est qu’en 1968 qu’on légalise entièrement l’enseignement entièrement en français à l’élémentaire. En 1961, les noirs aux États-Unis complètent en moyenne 11 années d’éducation, les Québécois francophones du Québec 10. Le salaire des noirs américains équivalaient à 54% des hommes blancs américains, celui des Québécois francophones à 52% des hommes anglophones unilingues ou bilingues. Ça a apporté le FLQ et les Black Panthers à travailler ensemble, d’ailleurs. Tout comme le FLQ a entretenu des liens étroits avec les révolutionnaires algériens et cubains.*

De Saint-Jean-Baptiste à Fête Nationale, donc.

Pour « laïciser » la fête, on lui lave son histoire. « La fête Nationale » d’une province qui dit non. « Je ne peux vivre sans toi, mais je ne peux vivre avec toi. » Défaite perpétuelle. Jamais correct. Longue peine d’amour.

Safia Nolin a fait de quoi de ben punk avec la Sainte-Jeanne. De quoi de punk comme les premières Saint-Jean, où c’était pas les décideux de tours de médias de masse qui décidaient ce qui allait se dire ou pas à la SaintJean tévé.

C’est peut-être la tévé qui a tué la St-Jean, dans le fond, je sais pas.

Ça a arrêté d’être rassembleur. En fait non, c’est rassembleur pour la téloche. La fraternité des cotes d’écoute. Ça inclut tout le monde, de la publicité de Molson Canadian pis de Tim Hortons avec son cup bleu qui pollue le Saint-Laurent. Si ça devient trop funky, la fête nationale, on va vendre quoi à qui ?

Rassembleur pour les producteurs ça veut dire Paul Piché, ça veut dire quarantaine d’années pis un petit jeune, ça veut dire blanc pis un petit noir, ça veut dire vanille, tout le monde aime ça de la vanille, mmh, de la bonne vanille. C’est tellement infantilisant pour le public québécois, de décider pour lui ce qu’il veut manger. « Tu vas être content, à soir je te gâte, c’est TA fête, on va au restaurant ! Tu prends ce que tu veux ! ….Fait que tu vas manger du spaghetti sauce à la viande gratinée avec un bon verre de vin. » T’es crissement mieux de pas être allergique au gluten, intolérant au lactose, végétarien ou sobre ou toutes ces réponses.

J’espère qu’on va être capable de construire de quoi ensemble pour vrai. Je sais que ça se peut. À travers un gros projet hot féministe de carboneutralité, d’inclusivité, de liberté, collectivité, name-it, let’s go !

Faire un pays pour avoir un émoji, c’est pas assez une bonne raison le chum.

Pis y’a d’autres tounes des Colocs que « Tassez vous de d’la », esti.

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Sources : https://aladecouverte.aefo.on.ca/l-enseignement/enseigner-en-ontario/l-education-de-langue-francaise-en-ontario#:~:text=Le%20fran%C3%A7ais%20interdit&text=En%201910%2C%20on%20cr%C3%A9e%20l,en%20fran%C3%A7ais%20dans%20les%20%C3%A9coles.

https://en.wikipedia.org/wiki/Louis_Riel#:~:text=Sir%20John%20A.,Quebec%20bark%20in%20his%20favour.

*Non, ça change e-rien au problème de racisme systémique du Québec en ce moment. Je ne le nie pas pantoute. J’fa juste placer quelques points historiques su’a carte, k ? Je l’saiiiiis que full militants nationalistes sont racistes. J’ai commencé mon militantisme dans ce milieu là pis j’suis partie parce que y’avait trop de racistes. Je l’saiiiiiis.

Y fa’ chaud.

Deux canicules avant la Saint-Jean, une première ! Un reccord ! Poppons le champagne avant que tous les vignobles brûlent !

Pas capable de faire grand chose pas de clim. Pas clim-capable. Pas climapable. Cerveaux en compotes. Climpotes. J’essaye des affaires.

J’écris tard pour écrire. Y me semble que j’ai le goût de laver mon plancher, tant qu’à passer la journée écrasée dessus. Mon chat trouve que j’y vole son spot.

Lundi je vais me mettre à appeler tous les poseurs de thermopompes de la grande région de Montréal. Je vais appeler toutes les poseuses de thermopompes également, mais j’ai comme la vague impression qu’elles ne feront pas plusieurs pages de recherches google, vague vague impression.

Dans l’temps les canicules se supportaient. Une ou deux par année. Deux trois jours la shot. Petit moment mollasson acceptable. On n’allait tout de même pas casser son petit cochon pour 6 jours de popsicles sur le chest.

Maintenant, c’est trop souvent. Demain, ça va être tout le temps. Je me demande si je peux mettre ma future thermopompe sur mes impôts de travailleure autonome. Au même titre qu’un ordinateur ou un papier-crayon, j’ai besoin de ne pas être en train de mourir pour écrire. C’tu comme logique pour vous Revenu Québec ?

Si on était pas en pleine pandémie mondiale, je pourrais aller écrire dans un café tranquille. Paraît qu’on va avoir le droit bientôt, mais meh, on est en pleine pandémie mondiale. Ça serait tout de même dommage de mourir parce que je gossais sur Facebook avec un latte refroidi dans un café en pleine pandémie mondiale.

Y’en a qui disent qui aime ça cette chaleur là. Sont au soleil. Sont bruns. On dirait que j’entends leur peau qui cuit. Ça boit, toé chose, alors que si je prends une gorgée de vino, moi je dors jusqu’à la Saint-Jean.

Poppons le champagne !

T’as vu j’ai fait une loop ? J’essaye des affaires.

Sorcière

 »Coudonc, t’es ben fâchée ? »

J’aime mieux dire indignée, c’est de la colère distinguée, raisonnée.

 » Indignation : Émotion complexe et discrète qui est déclenchée par des émotions sociales et des environnements sociaux. Les sentiments de colère et de dégoût sont des émotions qui composent l’indignation  »

Discrète dans mon cas, on repassera. Indignée, soit.

Ne l’êtes-vous pas vous aussi ? Vous regardez le monde dans lequel on vit et les injustices, les décès, la pauvreté, la famine, la guerre et vous êtes…zens ?

Mon indignation part justement de là, cette inertie. Ce « ouain mais qu’est-ce qu’on peut faire ». Si on était plus à être réellement, profondément indigné, peut-être qu’on le serait moins longtemps. Des petites boules de feu qui travaillent ensemble à tout péter, pour ensuite s’éteindre et devenir des boules d’amour. De charbon à diamants.

Parce que cette indignation, elle n’est portée que par de l’amour, guys. Si mon coeur se serre quand je pense aux infirmières épuisées, aux profs sous-payés, aux personnes racisées discriminées, c’est parce que je les aime.

Si je veux me battre pour un monde meilleur, un monde où l’eau est potable, l’air est sain et la nourriture est abondante, c’est pour le monde.

Pas pour moi..? Si je pensais juste à moi, j’aurais du linge neuf, des mèches blondes, des souliers neufs, un cat-eye parfaitement dessiné grâce à mon horaire nouvellement allégé-non-indigné.

Je pourrai pas faire la piasse avec la colère. À moins qu’on puisse vendre des ulcères….

Ne vous inquiétez pas pour moi ! Je yoga, je médite, je mange bien et bio, je fais de l’exercice, je m’entraîne voyez vous, à être zen un jour, quand la révolution aura éteint mes flammes.

Comme une cendre fraîche, je virevolterai dans les airs pour voir le monde et son monde, plein d’amour.

J’aurai aimé rencontré toutes ces sorcières brûlées au bucher. Elles devaient avoir des recettes de tisanes sur. la. coche.

Ça irait mieux avec des merrells.

Voulez-vous ben me dire pourquoi on est en train de toute suivre ces niochons là ?

Appelle les dirigeants de compagnies, Legault, Macron, Trump, appelle les gérants d’estrades, appelle les Présidents, Directeurs, Généraux, appelle les comme tu veux, mais voulez-vous ben me dire pourquoi, POURQUOI, on est toute en train de suivre ces niochons là ? 

La vie c’est comme une grosse randonnée. Y’en a une gang qui est pas équipée pour la faire, manque d’argent, y’en a une gang qui se font carrément porter jusqu’au sommet, manque d’empathie. 

Et on est toute en train de suivre les niochons qui savent pas où ils s’en vont. Ils improvisent, on les admire. Vous les entendez pas, prendre des décisions à la va vite, la bouche pleine des plus pauvres qui « ralentissaient le groupe » ? Vous les voyez pas, leurs mains sales, leurs mains rouges ?  « Ils ont l’air confiants ! » Où est-ce qu’on s’en va ? On le sait, mourir, sûrement. Quel horrible cliché.

Je suis tannée de marcher avec les niochons. Je suis derrière pis je gueule. « Hey la gang, ça vous tente pas d’aller par là ? » Meh. Intérêt mou. Je veux partir un mouvement, je veux pas partir de mon bord, non. Comme ceux qui ont rebroussé le chemin seuls pour refaire leur vie dans le bois. Ils n’ont fait de mal à personne, on ne peut pas leur en vouloir, mais ils n’ont pas fait de bien à personne non plus. Déserteurs sôcial.  

Alors je suis là, je gueule derrière la file. « ÇA VOUS TENTE PAS D’ALLER PAR LÀ ? » On m’a déjà dit qu’avec de l’argent on m’entendrait plus fort. 

Je vous l’dis tout de suite, j’ai mal aux genoux. Je pourrai pas, faire de l’avance-recule indéfiniment.  Je pourrai pas, gueuler comme ça pour vous réveiller, j’ai mal à la gorge. 

« LA GANG, ON PEUT TU ARRÊTER ? Y’A DES GENS QUI SOUFFRENT, QUI PEUVENT PAS MONTER LA CÔTE. » 


On m’a déjà dit que j’avancerais plus vite si je me préoccupais pas des autres. C’est ben mal parti, j’ai déjà apporté trop de barres tendres pour trop de monde. C’est lourd. Ça me ralentit. J’ai faim.

La gang, ça vous tente pas d’aller par là ? Qui m’aime *correct* me suive *avec une pensée critique* !

Si c’était vrai (comme le livre de Marc Lévy)

Je pensais pas avoir à me trouver une autre job avant que ma carrière (d’humoriste, autrice, conceptrice, whatever-trice) démarre. J’aimais ça travailler au bar derrière le bar à surveiller le bar. À chicaner les robineux qui s’allumaient une clope en dedans, c’était inspirant.

J’avais un boss chill qui chialait pas quand je demandais congé pour faire des shows. Les derniers temps, je m’étais mise à faire des shifts weird, je rentrais à 23h après un spectacle pour closer. Juste de même. Flexibilité et ancienneté.

J’parle au passé, mais je suis pas renvoyée. J’ai pas eu mon 4%. Mon boss, c’est encore mon boss. Le bar est pas mort. Aux dernières nouvelles, il survit financièrement. Il est dans le coma économique. On ne sait pas quand il va revenir à lui. Alors, comment je suis supposée passer à autre chose ?

Je suis tombée dans les craques du système. Les ceuzes qui doivent se « ré-inventer ». Mais bâtard, ousséssa?

J’ai étudié dans mon domaine ! J’ai fait une école supérieure d’art moi, Meusieur ! J’ai des T4 qui prouvent que j’en faisais un presque métier ! J’étais une travailleuse d’expérience dans ma job alimentaire, je m’étais spécialisée pis toute ! C’est pas ça, la recette du succès ? Étudier, se spécialiser, pas mettre tous ses oeufs dans le même panier ? Pourquoi je me sens comme si j’avais fait de quoi de pas correct ? Qu’on n’a plus besoin de mon expertise en fun ? Comme si j’avais étudié les licornes pis que je m’étais spécialisé en tressage de tapis. Me semble que, le plaisir, on va revouloir en avoir un moment donné, non ?

Ils vont arrêter l’aide d’urgence, ils veulent qu’on aillent « prendre soin de nos personnes âgées », cute. Pourquoi on demande pas ça aux faiseux d’annonces ? Ils servent à quoi eux autres, à part nous appauvrir ? Ils prennent soin de leurs piscines, sont pas capables de « prendre soin de nos personnes âgées » ? Personne voulait la faire ma job non plus avant ! Pas de fin de semaines. Travail de nuit. Clientèle problématique. Impossible de fêter une fête païenne ou religieuse quelconque de ta sainte-vie. Salaire variable. Environnement stressant. Dur sur le corps. Pis là vous voulez que je retourne faire une job que personne veut faire ? Ciboire. Comment ça les pousseux de crayons pis les vendeux d’affaires l’ont facile eux-autres?

Quand je pense qu’à la brasserie on avait encore une machine à peanuts.

Le 15 mars quand ils ont fermé les bars, je devais travailler. Mais quand je suis arrivée au bar, ils ont fermé les machines à poker. Le gouvernement niaisait pas. Un client régulier était arrivé à midi pour boire et profiter du bar avant que ça ferme, le flair. Quand je suis arrivée, il avait de la misère à tenir debout, mais il avait aussi de la misère à se tenir assis. J’étais un peu soulagée de pas être pognée avec lui qui me parle de ses problèmes. Mais là tu vois je m’en ennuie des problèmes qui riment pas avec brutus. (jveux même pu le nommer)

Ma job est dans le coma. Je fais quoi ?

J’ai un ami-collègue qui vient de mourir, c’était le coeur du bar. Qu’est-ce qu’on fait ?

J’ai appliqué pour être factrice, j’ai besoin de voir du monde. J’aimerais ça que Poste Canada me rappelle, je pourrais passer penser à autre chose, en m’entraînant les mollets.

(tousse dans ton) Coudre

Ces temps-ci, je couds beaucoup. Y’a que ça à faire chez moi entre le wifi intermittent et le mauvais temps. J’essaie de finir la grande pile de « projets couture » qui orne mon « bureau de couture » dans mon « petit coin couture » dans ma chambre. Petit coin aménagé depuis longtemps, qui avait pourtant très peu servi avant « la situation ». (Euphémisme du moment) J’avais des grands rêves de me consacrer au ré-apprentissage de la couture, car j’avais déjà suivi des cours, petite et blasée des cours de karaté-danse ballet-contemporaine-aquatique auxquels mes parents m’inscrivaient. Alors il y a deux ans, j’ai demandé à mon père de fouiller dans son entrepôt pour ma vieille machine à coudre poussiéreuse, j’ai trouvé un joli bureau gratuit sur Internet et depuis deux ans je suis prête à filer l’aiguille, mais, meh.

Je me suis remise à coudre tout récemment. Rien d’extraordinaire pour l’instant. Je répare, je coupe, je couds du « papier de toilette » et des mouchoirs, j’essaie de faire des masques, je sacre, j’apprends encore. J’ai mal au dos, parce que mon espace de travail n’est pas 100% ergonomique et que l’ergonomie sacre le camp assez vite en couture. J’ai mal aux doigts, je n’ai pas de dé à coudre, je pensais que je n’en avais pas besoin, grave erreur. Aucune trace de toutes les petites piqures sur mes mains, mais quand je coupe du citron, elles chauffent à l’unisson. À l’unisson parce que ça fait si mal que je sens mes doigts crier. Comme je plains toutes celles qui sont ou ont été obligées de coudre toute leur vie. Parce que c’est souvent des femmes, avouons-le, les hommes eux se cassent le dos en chargeant leur cargaison. Quand je pense à nos grands-mères qui cousaient la garde-robe de toute la famille pour se sortir de la misère, les femmes qui le font encore pour un salaire de misère et tous ceux et celles qui portent ces morceaux de tissus en pensant déjà à ceux qu’iels achèteront bientôt : j’ai le vertige.

Impossible de rapprocher dans l’imaginaire, dans un seul et même objet, le dur labeur d’une paire de Nike et l’indifférence avec laquelle elle est portée, un cours moment obsolescent. Comme c’est long faire une couture. Une belle, imaginez …sur du cuir en plus ! C’est long apprendre à coudre à coups de aouch et de ouille, les dos, les doigts, le compte en banque qui font mal. Une manche, un ourlet, un bord de pantalons, une crotche, des poches ! On porte les vêtements en tout simplicité, comme si les camisoles garage poussaient dans les arbres et on n’imagine pas le nombre de piscines olympiques d’eau gaspillée qui dorment dans notre garde-robe.

« L’industrie de la mode produit 20% des eaux usées mondiales. Du champ (de coton) à la boutique, un jean peut parcourir jusqu’à 1,5 fois le tour de la Terre (65 000 km) et nécessitera 2 000 litres d’eau pour être fabriqué. »

Et ils se réparent mal en plus, ces putains de jeans. On nous donne un bouton s’il pète, mais pas le fil. Levis encourage ses clients à réparer leurs produits : mais en attendant ceux qu’ils nous offrent sont cheaps et jamais vous ne verrez des morceaux de tissus pour faire patchs qui matchent dans leur boutique. « Arrangez-vous avec votre trouble. » Notre trouble, c’est leur produit. What the fuck.

J’ai le vertige comme lorsqu’on apprend à cuisiner. La première fois que j’ai fait de la mayonnaise, j’ai compris pourquoi chaque bouchée allait dans mon cul en voyant la quantité d’huile qu’il fallait mettre. Et les vêtements, mon dieu, comme c’est peu cher à quel point c’est chiant ! Coudre pour le plaisir, pour soi, pour ses amis, c’est une chose. Coudre pour des gens qu’on a jamais vu, pour une compagnie qui vendra le t-shirt pour cent fois le prix, pour la poubelle souvent, c’est un supplice. Et puis tous ces petits bouts de tissus qui se détache à chaque fois qu’on y met le ciseaux. Des rikikis morceaux de cotton pesticidé, de plastique la plupart du temps, qui se ramassent un peu partout. Là-bas, c’est sur le sol des fermes, dans l’eau. Chez moi sur le plancher, dans ma laveuse, dans l’eau aussi. Des rikikis morceaux qui font partie d’une pollution invisible mais partout, omniprésente. Une pollution qui fait penser à Dieu.

Je m’écarte. Achetez pas de vêtements que vous avez pas besoin gang. C’est juste ça.

Je songe réparer une paire de bobettes.